Il peut également paraître intrigant, ou amusant peut être, que les 2 ONG (France Nature Environnement et Réseau Action Climat) et l'un des plus grands fournisseurs d'énergies fossiles du monde critiquent conjointement ce rapport. Alors que leurs intérêts peuvent paraître divergents, cela semble renforcer la véracité de la critique. De la part de Total, cette position semble plus complexe à comprendre puisque l'Etat, via l'ADEME, a accordé un financement pour poursuivre le programme de recherche des agrocarburants de deuxième génération. ( BIOTFUEL, lire "beautiful")

Quelques critiques
La contestation du FNE porte sur l'absence d'informations sur l'impact sur les sols : (« Les conclusions du rapport de l'Ademe tout juste publiées ne disent rien sur l'impact sur les sols. Certes la première génération de biocarburants était réalisée à partir d'éthanol, de blé, de betterave… » dixit Michel Dubromel, source RUE89). Or, si, sur la synthèse, des précisions manquent sur cet impact, le rapport souligne par deux fois le problème d'affectation des sols (page 8 et page 21 du rapport) Dans un premier temps, il est cité dans les limites de l'étude. Ces limites expliquent en partie le manque de modélisation faisant référence et le choix d'aborder cet aspect par une analyse de sensibilité qui est qualifiée de modeste. Dans un second temps, la conclusion du rapport dénonce cette incertitude et soulève la question en posant le manque de finesse de ses calculs et le besoin d'une étude plus poussive et plus précise. Le rapport mentionne également la nécessité d'étudier la problématique des conditions économiques et en particulier de la transmission entre marchés.
Comme le souligne le site d'informations "RUE 89", il semble, selon les représentants des ONG membres du comité technique, qu'il y ait une possible suspicion quant aux actions de Lobbying. Il n'en est pas moins intéressant que pour pallier aux erreurs de calculs et aux besoins de transparence, une proposition de méthodologie vienne étayer les critiques. Elle existe peut être mais n'est pas encore disponible au lecteur.

Enfin le groupe pétrolier, quant à lui, semble contester le rapport dans sa conclusion portant sur l'efficacité énergétique des biocarburants. Il semblerait que les résultats sur les rendements énergétiques des carburants fossiles aient été minimisés permettant de démontrer alors de bien meilleurs rendements pour les bio carburants. Là, encore, on comprend l'existence possible de telles erreurs mais il aurait été bon d'avoir alors des données contradictoires.

Plus étonnant encore, dans la compréhension de la démarche, on (du moins le lecteur lambda que je suis) aurait pensé que le choix des indicateurs et de leur pertinence aurait pu faire l'objet d'une discussion au sein du comité technique avant de lancer l'analyse et la compilation des résultats.

Pourtant n'y aurait-il pas de vraies inquiétudes?
Il semble à la lecture du rapport que, si d'une part les "bénéfices énergétiques" pourraient inciter le développement de la filière, d'autre part l'impact sur la santé humaine semble plutôt négatif. Or, personne du comité technique ne semble aborder cette problématique. Dans le même registre, le potentiel d'eutrophisation "est indéniablement en défaveur des filières biocarburant", dixit le rapport. Or, les conséquences des lessivages des nitrates et des phosphates comportent un risque non négligeable sur une autre ressource : l'eau, qu'il ne faudrait peut être pas oublier au détriment de l'air (source Journal de l'environnement)

Pour conclure, il faut cependant souligner deux points sur la filière biocarburant :

  • D'abord, la France est parmi les leaders pour les biocarburants de première génération.
  • Ensuite, dans une communication sur l'écologie, l'énergie, le développement durable et la mer, le Ministère évoque qu'il considère les biocarburants comme un axe stratégique de développement de la croissance. L'ambition affichée est de conserver le leadership de la France en Europe sur l'industrialisation des bio carburants de deuxième et troisième génération.
  • Enfin, le débat est passionné et passionnant. Pour éviter peut être d'avoir du retard sur les biocarburants du futur ne serait il pas intéressant de faire déjà une synthèse sur les implications environnementales de ceux-ci. Si la compétitivité économique et le respect environnemental de ces biocarburants de 2ème et 3ème génération sont au rendez-vous, la filière des agrocarburants de première génération n'aura plus raison d'être, sauf interventionnisme de l'Europe sur la politique agricole.
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