En parlant de biomasse, un projet intéressant
Par J-C le dimanche 13 septembre 2009, 01:30 - biocarburants - Lien permanent
Alors que je me baladais dans les allées un peu vides du SERI juin 2009 (Salon Européen de la Recherche et de l'Innovation), salon plus qu'intéressant, je me suis arrêté un moment pour écouter une conférence (plateforme workshop) sur la fabrication d'un biocarburant à partir d'algues.
Cette société, BIOAGOSTRAL, a développé un véritable projet ancré dans le développement durable en vue de produire de l'énergie en valorisant l'ensemble des ressources naturelles. En disant celà, je ne fais qu'appâter, mais qu'en est il vraiment ?
Commençons par un petit rappel:
Depuis la directive 2003/30/CE, 5,75% des carburants classiques devront être remplacés par des biocarburants d'ici 2010 et 10% d'ici 2020. Dans ce contexte, de nombreuses recherches sur les ressources naturelles ont été lancées : production de biocarburant à partir de cultures agricoles, qui, aujourd'hui, est une piste abandonnée ou devant l'être (Yusuf Chisti, Privat Bag 11 222, janvier 2008), production de bioéthanol à partir du bois, et production de biodiesel à partir des micro-algues
Dans ce contexte, la biomasse algale a de véritables atouts pour la fabrication de biocarburant de 3ème génération (EMVH:Esters Méthyliques d'Huile Végétale)
- Un meilleur rendement :"synthétiser 30 fois plus d'huile que les plantes terrestres utilisées pour la fabrication de biocarburants" (Source NREL, John Sheehan et al)
- Une fraction lipidique de 50% de leur masse (N°98 IFREMER, février 2008), voir 80% dans des cas particuliers (J.-P. Cadoret1 et O.Bernard, La production de biocarburant lipidique avec des microalgues : promesses et défis, Société de Biologie, 202 (3), 201-211 (2008))
- Un effet sur les émissions de CO2: neutre (dans la chaîne de fabrication), voire une réduction substantielle au regard de la consommation de gazole (1 tonne de Diester=1 économie de de 2,5 tonnes éq. CO2 par rapport au gazole, ecobilan PWC)
Dans la pratique, aujourd'hui, des projets industriels se réalisent ou sont en voie de réalisation. Ils couplent la production de biogaz en sortie de digesteur avec une production d'électricité par combustion du gaz (méthane). La matière première du méthane est la partie fermentiscible des déchets ménagers ou boues des stations d'épuration (Le lancement du pilote SVO-Séché Environnement à Vigiant et le projet SYCTOM SIAPP sur la commune Blanc-Mesnil/Aulnay sous Bois en sont des exemples)
Le CO2 rejeté par la centrale électrique est alors utilisé pour l'accroissement de la biomasse algale : Photosynthèse (production de sucres et de lipides, composés organiques, à partir d'une source minérale de carbone et de lumière). L'extraction de la fraction lipidique permet d'obtenir des triglycérides qui produiront, par une réaction de trans estérification, les EMHV (à l'origine des Biodiesels).
Et le projet Bioagostral, son originalité:
Tout d'abord l'étude des conditions géo-climatiques du projet (conditions de température, nombre de jours d'ensoleillement, intensité lumineuse) permet d'attendre une production intéressante de biocarburant (50 000 tonnes); les résidus secs des algues récoltées rentreront dans la production de biogaz. Ensuite, le projet s'intéresse à valoriser plus encore le digestat (riche en nitrates et phosphates). Au delà de la valorisation agronomique possible après traitement, l'équipe s'intéresse à rendre le phosphate du digestat directement absorbable par les algues (évitant ainsi un apport).
Ainsi, l'idée de valoriser l'ensemble des déchets liés à la fois à l'activité humaine (boue), à la production du biogaz et à la production de biocarburant, entre bien dans la logique d'une production durable.
A la composante économique et environnementale, s'ajoute donc le dernier sommet du triangle du développement durable qu'est l'aspect social. En effet, au delà des emplois générés, ce projet contribue à la volonté d'une autonomie énergétique de l'île de la Réunion d'ici 2030.
D'un point de vue économique, il est encore difficile de chiffrer exactement le prix du biodiesel. Des estimations générales ont été effectuées pour ne donner finalement qu'une échelle de coût variant entre 5 et 70 dollars par kg de matière sèche (Moore 2001; Molina Grima et al. 2003; Olaizola 2003, Reith et al. 2006). Ce projet, comme beaucoup d'autres, a une viabilité économique grâce à la production d'électricité et la valorisation des boues. Ceci est d'autant plus valable que le prix d'achat de l'électricité à partir de biogaz est réglementé et a été revu à la hausse (arrêté du 10 juillet 2006).
Je leur souhaite une très bonne réussite.

